La préférence sein-tétine : que disent les études ?
sein tétine allaitement confusion préférence

La préférence sein-tétine : que disent les études ?

Cette question diviser les professionnels de santé et a tendance à faire très peur aux parents qui accueillent un nourrisson. L’allaitement maternel connaît un regain de popularité auprès des familles ces dernières années et est de plus en plus soutenu par les équipes de maternités. L’objet de cet article n’est absolument pas de promouvoir l’allaitement au sein par rapport à l’allaitement artificiel au biberon mais bien d’aller chercher dans les articles scientifiques les résultats d’études portant sur la question de cette notion de préférence de la tétine VS le sein.

Cette question est cruciale parce que certaines idées, diffusées de façon biaisées, peuvent devenir dogmatiques et atteindre durement des parents déjà fragilisés pendant la période du post-partum notamment. Les réseaux sociaux contribuent largement à la culpabilisation du jeune parent en se faisant le vecteur de ce genre de dogmes. Quel parent épuisé, dont le nouveau-né hurle sans arrêt, n’a pas eu envie de succomber au moins une fois aux sirènes de la tétine non-nutritive pour que celui-ci s’apaise et se rendorme plus facilement ? Quelle mère ne s’est pas interrogée maintes fois sur l’avenir de son allaitement si elle se mettait à donner des biberons à son bébé ? Quelle mère n’a jamais lu sur les réseaux sociaux cette fameuse phrase : ‘la confusion sein-tétine ça peut arriver au premier comme au 50è biberon tu sais…’. Dans ces conditions, comment choisir ?

Je suis donc allée fouiner pour vous dans les études disponibles et ai trouvé une fabuleuse revue systématique portant sur cette question, publiée dans la revue NATURE en 2015 (auteurs : E. Zimmerman et K. Thompson).

Voici ce qui est relaté au sujet de la confusion sein-tétine non-nutritive :

  • une minorité d’études mettait en évidence un lien de causalité entre l’utilisation de la tétine non-nutritive sur l’arrêt plus précoce de l’allaitement mais les auteurs précisent que d’autres éléments annexes pouvaient être également la cause de l’arrêt de l’allaitement, au-delà même de l’utilisation de la tétine non-nutritive.
  • une majorité d’études montrait que les enfants sont capables d’adapter leur geste moteur de succion à différentes tailles et formes de tétines, et de ce fait réfutaient l’hypothèse de la confusion avec le sein.

Et au sujet de la confusion sein-tétine du biberon :

  • deux études montraient que les bébés en allaitement mixte dès 2 semaines de vie parvenaient à switcher entre le sein et la tétine du biberon, suggérant une capacité à ajuster leur geste moteur en fonction de ce qui leur était proposé.
  • certaines études suggéraient que les bébés avec difficulté de succion au sein (présentes dès la naissance) étaient plus sujets à la confusion si on introduisait des biberons.
  • certaines suggèrent une préférence pour le débit du biberon, qui distribue le lait plus rapidement que pendant la succion au sein.
  • dans la majorité de ces études, les causes de la préférence de la succion au biberon ne sont pas clairement identifiées.

Alors finalement, que concluent les auteurs ? Il semblerait que l’existence de la préférence sein-tétine non-nutritive soit invalidée par les études et que la question de la préférence sein-tétine du biberon soit encore mal comprise et pas formellement prouvée, les études suggérant que les causes de sevrage précoce du sein dans le contexte de l’utilisation du biberon ne soient pas clairement mises en évidence. Les auteurs valident la nécessité de faire d’autres études plus poussées et isolant plus clairement les facteurs causant le sevrage du sein.

Et tant qu’à en conclure quelque chose, voici mon opinion d’orthophoniste sur la question : accompagner de jeunes parents perdus dans le flot d’informations, d’idées préconçues et de dogmes pêchés ici et là est une tâche complexe. Il s’agit de composer avec leur projet de vie et l’état de leurs connaissances. S’appuyer sur les études est très aidant en ce sens pour se positionner sur de telles questions.

Refuser les pensées dogmatiques qui ne s’adaptent pas à la situation de chacun et s’informer des publications et recommandations récentes est un devoir que chaque professionnel de santé doit aux familles qu’il reçoit.

Article source :

https://www.nature.com/articles/jp201583

Si ce post vous a intéressé(e), n’hésitez pas à me rejoindre sur instagram @seedsandcarry pour trouver plein d’autres informations sourcées concernant la parentalité (alimentation du tout-petit, DME, développement du langage…)

Laisser un commentaire